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En français
Parmi les choses qu’un homme emporte toujours avec lui où qu’il aille, le paysage fait partie de l’équipage qui nous accompagne dans tous les voyages, jusqu’au dernier. Quand le répliquant Nexus 6, dans le film de Ridley Scott Blade Runner, se retrouve juste avant de mourir sur la terrasse de l’immeuble sous les yeux stupéfaits de Decker, il regrette que tout ce qu’il va emporter avec lui se perde dans le temps comme des larmes sous la pluie ; des souvenirs que les humains ne peuvent même pas imaginer. Et ce qui disparaît n’est rien d’autre que le paysage enregistré par ses yeux d’androïde.
La mémoire moderne naît à la modernité lorsqu’elle cesse d’être un exercice intellectuel pour se convertir en résultat d’une faculté visuelle. C’est bien là que se situe la frontière entre le processus du souvenir chez Proust et la philosophie de Bergson et entre le processus du souvenir du robot Nexus 6 et la photographie qui ne dit pas “je me souviens” mais “j’ai vu”. Quand Cesare Pavese écrit son terrifiant poème “la mort viendra et elle aura tes yeux”, c’est cela même qu’il résume que ce que nous sommes et cessons d’être passe par le regard. Parce que notre mémoire intransmissible est notre paysage invariable qui se construit à mesure que nous nous développons. Le sens du goût est culturel, incertain, il peut se modifier et s’éduquer ; le paysage, lui, est établi, permanent et il nous accompagne.
Je crois que l’une des clés qui permet de comprendre la peinture de Rafael Torres Correa se situe dans son paysage, celui qu’il porte en lui depuis son île natale, Cuba ; couleurs des plus cristallines et festives aux plus obscures et ténébreuses. Sans ce paradoxe, éloigné des stéréotypes culturels et des dépliants touristiques, toute approche de son travail et de son expérience de peintre serait non seulement incomplète mais injuste.
J’ai connu, par ailleurs, peu de gens aussi généreux que Rafael Torres Correa. Une générosité qui en vient à être déconcertante pour un habitant du désert comme moi, habitué à l’économie de moyens, qu’ils soient matériels ou spirituels. Mon austérité s’adoucie en sa compagnie, et sa générosité d’homme n’a de comparable que sa générosité d’artiste, aussi honnêtes l’une que l’autre.
Ces éléments me semblent essentiels pour comprendre sa peinture : le paysage, qui devient son identité, offert avec autant de naturel qu’il respire. Il nous appartiendra de le reconnaître et de le partager.
Antonio Ansón
En Castellano
De las cosas que un hombre siempre lleva consigo allá donde vaya, el paisaje forma parte del equipaje que nos acompaña en todos los viajes, hasta el último. Cuando el replicante Nexus 6, en la película de Ridley Scott Blade Runner, está a punto de morir en la azotea ante la atónita mirada de Decker, lamenta todo lo que se lleva consigo y ha de perderse en el tiempo como lágrimas en la lluvia, recuerdos que los humanos ni siquiera pueden imaginar. Y lo que desaparece no es otra cosa que el paisaje que sus ojos de androide han visto.
La memoria moderna nace a la modernidad cuando deja de ser un ejercicio intelectual para convertirse en resultado de una facultad visual. Esa es la frontera entre el modo de recordar de Proust y la filosofía de Bergson, y el modo de recordar del robot Nexus 6 y la fotografía, que no dice "recuerdo" sino "he visto". Cuando Cesare Pavese escribe su escalofriante poema "vendrá la muerte y tendrá tus ojos" viene a resumir esto mismo, que lo que somos y dejamos de ser pasa por la mirada. Porque nuestra memoria intransferible es nuestro paisaje, que nunca cambia, por otra parte, y que se construye a la vez que nos construimos como hombres en un tiempo primero. El sentido del gusto es cultural, variable, cambia y se educa, el paisaje es constitutivo, permanece y nos acompaña.
Creo que una de las claves para entender la pintura de Rafael Torres Correa, tiene que ver, y nunca mejor dicho, con su paisaje, el que trae consigo desde su isla natal, Cuba. Desde los colores más cristalinos y festivos, hasta los más oscuros y tenebrosos. Sin esa paradoja, alejada de los estereotipos culturales y los folletos turísticos, el acercamiento a su trabajo y experiencia como pintor sería, además de incompleto, injusto.
He conocido, por otra parte, pocas personas con la generosidad de Rafael Torres Correa, que llega a ser desconcertante para un habitante del desierto como yo, acostumbrado a la economía de medios, materiales y espirituales. Mi austeridad se dulcifica en su compañía, y su generosidad humana sólo es comparable a su generosidad como artista, tan honesta la una como la otra.
Son rasgos que me parecen claves para comprender su pintura: el paisaje, que viene a ser su identidad, regalado con la misma naturalidad con la que respira. Reconocerla y compartirlo será cosa nuestra.
Antonio Ansón
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